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Affaire des pneus Goodyear : des perquisitions en cours sur trois sites en Europe

affaire des pneus goodyear : des perquisitions en cours sur trois sites en europe

Les enquêteurs perquisitionnaient le 14 mai 2024 trois sites européens du géant américain du pneumatique Goodyear, dans le cadre d’une enquête pour homicides involontaires liés à des accidents provoqués par l’éclatement de pneus de poids lourds. (illustration) François Nascimbeni / AFP

Des perquisitions sont en cours mardi sur trois sites européens de Goodyear, géant américain du pneumatique, dans des enquêtes pour « homicides involontaires » ouvertes après l’éclatement de pneus de poids lourds à l’origine d’accidents mortels, a indiqué le procureur de la République à Besançon.

«Â Des perquisitions concomitantes, avant tout informatiques, sont menées depuis mardi matin chez Goodyear en France, au Luxembourg et au siège européen de l’entreprise à Bruxelles », après une « demande d’entraide pénale internationale émise par le juge d’instruction de Besançon », a déclaré à l’AFP le procureur de la République Étienne Manteaux.

«Â L’objectif de ces perquisitions est de déterminer le degré de connaissance par Goodyear de la dangerosité des pneus Marathon LHS II et Marathon LHS II + et le nombre de sinistres qui ont été portés à sa connaissance », a-t-il déclaré à l’AFP.

En juillet 2014, le camion-citerne de Jean-Paul Rollet est violemment percuté par un autre poids lourd qui vient de traverser la glissière centrale après l’éclatement de son pneu avant gauche, sur l’autoroute A36 dans le Doubs. Les deux chauffeurs décèdent.

Refusant la « fatalité du routier » et le classement sans suite de l’affaire, sa femme Sophie Rollet enquête et se persuade de la responsabilité des pneus dans la collision. Elle dépose une plainte en 2016 avec constitution de partie civile auprès du tribunal de Besançon.

« Défauts de fabrication »

Un juge d’instruction de Besançon enquête depuis sur trois dossiers de collisions mortelles, dont celle concernant Jean-Paul Rollet, impliquant des poids lourds équipés de pneus fabriqués par la société américaine. Quatre personnes ont perdu la vie dans ces collisions survenues dans le Doubs, dans la Somme en juillet 2014 et dans les Yvelines en avril 2016.

Pour chacun de ces dossiers, des experts différents ont conclu que l’éclatement des pneus n’était pas dû à une cause extérieure mais à un défaut de fabrication, relevant notamment « une décohésion des nappes » métalliques qui constituent la structure du pneu et le fait que « la bande de roulement s’est décollée ».

Les dossiers de quatre autres collisions similaires survenues entre 2011 et 2014 dans l’Hérault, l’Indre et l’Isère, dans lesquelles deux personnes sont mortes, ont par ailleurs été versés à l’instruction judiciaire, à titre d’information en raison de la prescription des faits. Plusieurs experts ont également conclu à un défaut de fabrication.

Manque de transparence

«Â Goodyear n’a jamais reconnu de problème de sécurité », même pressé par les constructeurs de poids lourds suédois Scania et allemand Man qui, constatant la dangerosité des pneus Marathon LHS II et LHS II, ont expressément demandé à l’automne 2014 à leurs clients de « retirer » ces pneus, remarque le procureur. Pourtant, dès « mars 2014, la société Goodyear a mis en place un programme d’échange auprès de ses clients », selon M. Manteaux.

La société « aurait pu faire une campagne de rappel, mais là c’est un échange commercial : beaucoup de sociétés n’ont pas répondu car on ne leur a pas dit qu’il y avait un problème de sécurité », relève-t-il. « Si un programme de rappel avait été mis en place, on peut penser que ces personnes (décédées après mars 2014) seraient encore en vie », regrette le magistrat.

«Â Un lanceur d’alerte », a par ailleurs versé au parquet « des éléments provenant de la société Goodyear sur des dossiers d’indemnisation ouverts après des sinistres similaires, confie Étienne Manteaux. Il y en a plein, dans plein de pays européens. »

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