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Le covoiturage par plateformes est-il un gouffre financier qui vend du rêve environnemental ?

Les chiffres avancés par les plateformes de covoiturage sur les gains environnementaux supposés de cette pratique seraient très surévalués, et permettraient à Blablacar et consort d’obtenir de précieux financements… de TotalEnergies. Un développement économique démontré par une étude du Monde.

Le covoiturage est-il si écologique qu’on le prétend ? Ou plutôt que les plateformes de covoiturage le prétendent ? Pas sûr. Une grande enquête de nos confrères du Monde remet en lumière un drôle de montage financier monté entre Blablacar et… TotalEnergies. Et ce dès 2012, avec l’aval du ministère de l’Ecologie. “Ce montage sur mesure est validé par le ministère de l’écologie, mais les contours précis de cette « opération spécifique CEE » sont tenus secrets”, précise Le Monde.

Blablacar ouvre la voie à un schéma inédit qui repose sur le pollueur/payeur. Pour faire simple, l’exécutif a imposé il y a déjà de nombreuses années aux grandes entreprises de verdir leurs activités dans certains domaines et d’améliorer leur bilan carbone. TotalEnergies a alors une idée : plutôt que d’investir ses deniers dûment obtenus par l’extraction du pétrole dans le transport ferroviaire ou l’isolation des maisons, pourquoi ne pas financer plutôt une plateforme de covoiturage ? C’est alors que Blablacar débarque dans l’histoire. La société va obtenir des centaines de millions d’euros de TotalEnergies. Une partie de ces sommes sera in fine répartie chez les clients de la plateforme de covoiturage sous la forme de cartes carburant TotalEnergies, notamment. Et en retour, le pétrolier rend des comptes à l’Etat via des CEE (Certificats d’économie d’énergie) qui permettent de tracer et chiffrer les gains sur les activités financées. Mais ces calculs se feraient visiblement sur des bases bien trop optimistes selon certains experts. Et selon Le Monde, Blablacar et les autres plateformes de covoiturage n’auraient jamais pu se développer de la sorte sans ces financements colossaux.

Le covoiturage, vraiment écolo ?

le covoiturage par plateformes est-il un gouffre financier qui vend du rêve environnemental ?

Le covoiturage : un nouveau mode de transport en commun. Mais les plateformes comme Blablacar avancent des chiffres très optimistes.© DR

La pratique du covoiturage reste évidemment bénéfique pour l’environnement et l’occupation des sols : plus de personnes dans les véhicules, c’est moins de voitures sur la route et des infrastructures qui n’ont plus besoin d’être autant étendues. Les bénéfices majeurs du covoiturage ne sont donc pas remis en cause par cette enquête qui soulève plutôt les effets pervers des plateformes de covoiturage. “Ce mécanisme a permis de financer la prime « coup de pouce » de 100 euros pour les nouveaux covoitureurs annoncée par le gouvernement fin 2022. Mais ce que les usagers ne voient pas, c’est que les plates-formes conservent une marge importante sur ces opérations : plus de 100 euros après le premier covoiturage et le double quand un utilisateur atteint un certain nombre de trajets”. En réalité, l’Etat a versé entre 260 et 280 € à l’entreprise (Blablacar ou autre) qui ne redistribue que 100 € au client de la plateforme sous forme de crédits de covoiturage, sur la base de 10 trajets à effectuer dans un temps défini. Mais voilà, environ la moitié des nouveaux inscrits pour bénéficier de la prime de 100 € de covoiturage ont en réalité fait moins de 10 trajets dans l’année. Plus de 90 % des trajets de covoiturage en France se feraient ainsi “hors plateforme”. Bref, le supposé bénéfice environnemental avancé par les plateformes en prend un coup.

Une étude modère les effets du covoiturage

Le Forum Vie Mobiles a mené pendant un an une étude sur le covoiturage en France. Et les conclusions tendent justement à détruire un peu les chiffres flatteurs avancés par les plateformes de covoiturage. Non pas que cette pratique n’ait aucun effet, mais il peut y en avoir des pervers ! Par exemple, sur les 500 000 primes accordées par l’Etat en CEE et dont bénéficies en très large partie Blablacar (en situation de quasi monopole), beaucoup ont servi à faire venir des covoitureurs qui se déplaçaient auparavant… en train. Selon l’ADEME, les économies de CO2 seraient alors proches de zéro. Les autres points abordés par l’étude sont les suivants :

  • On comptait 900 000 trajets covoiturés par jour en 2019. Le but du gouvernement est de passer à 3 millions d’ici 2027. Aujourd’hui, cet objectif apparait inaccessible.
  • Les territoires où le covoiturage serait le plus pertinent sur les plans économique, écologique et social, sont justement ceux où il a le moins de chance de se développer : les zones rurales et peu denses.
  • Au 1er semestre 2023, seuls 3% des trajets covoiturés sont réalisés via une plateforme numérique. Utiliser cette donnée pour évaluer les politiques de covoiturage reviendrait à utiliser un thermomètre cassé.
  • Si le nombre de trajets covoiturés via les plateformes numériques a été multiplié par deux entre 2022 et 2023, les chiffres restent dérisoires : au 1er semestre 2023, 0,04% des kilomètres 5 parcourus sur des trajets du quotidien l’ont été en covoiturant via une plateforme.

Dit autrement, les chiffres avancés par les plateformes (notamment les millions de tonnes de CO2 économisées) ne représentent probablement pas la réalité puisque la quasi totalité des trajets se font entre particuliers, hors plateforme. Et le développement du covoiturage dans les zones cruciales (ruralité) restera difficile du fait de la faible concentration des populations et des infrastructures trop éparpillées.

Notez cet article Publié le 13/05/2024 à 06:30 Véhicules d’occasion

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