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Votation citoyenne à Paris : Conduire un SUV fait-il forcément de vous un gros beauf tueur de planète ?

Bêtes noires des écolos, des piétons et d’Anne Hidalgo, il ne s’est pourtant jamais autant vendu de SUV qu’en 2023. Pourquoi un tel succès à l’heure de la sobriété et alors que Paris s’interroge sur la place de ces monstres en ville ?

Bagnoles – Bêtes noires des écolos, des piétons et d’Anne Hidalgo, il ne s’est pourtant jamais autant vendu de SUV qu’en 2023. Pourquoi un tel succès à l’heure de la sobriété et alors que Paris s’interroge sur la place de ces monstres en ville ?

Ils hantent nos campagnes et sont omniprésents en ville. Ils pullulent dans les rues, foncent sur les autoroutes et squattent les parkings. On leur consacre des magazines, des sites web, des blogs et des pages fans à la pelle sur des réseaux sociaux de boomers. Ils sont grands, gros et aussi inutiles à l’humanité que des canines pour un végan. « Ils », ce sont les SUV, ou « Sport utility vehicle ». Décriées par les écolos, craintes par les cyclistes et prisées des braqueurs, ces bagnoles sont néanmoins plébiscitées par les Français. Plus de 800.000 exemplaires ont été vendus en 2023, soit une progression de 20 % par rapport à l’année précédente. Alors, c’est quoi le délire autour de ces monstres de la route à l’heure où l’on nous bassine avec la sobriété ?

Ce dimanche, les Parisiens seront appelés à se prononcer lors d’une votation citoyenne sur « la création d’un tarif spécifique pour le stationnement des voitures individuelles lourdes, encombrantes, polluantes ». Une question à peine orientée qui vise directement les possesseurs de SUV, à l’image de ce qu’ont décidé récemment Lyon et Grenoble. Un écueil de plus pour ces automobilistes adeptes des grosses bagnoles, déjà habitués à se faire dégonfler – voire crever – les pneus, et régulièrement conspués par les écologistes. Pourtant, Thibaut le vit « très bien » et ne se sent « pas du tout coupable ». Interrogé par 20 Minutes, l’automobiliste strasbourgeois y voit un côté pratique : « On l’a acheté car on attendait notre deuxième enfant. On cherchait un grand coffre et il n’y a pas beaucoup de choix, à moins d’avoir un break qui ressemble à un corbillard », assure-t-il.

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Le 4 février, la Mairie de Paris organise une votation sur les tarifs de stationnement des gros véhicules. – ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Un « marqueur social », mais pas que

Antoine, ancien Parisien devenu Bordelais, a aussi « la conscience tranquille » et reconnaît ne pas s’être posé la question de la pollution. « A l’époque, en 2019, on ne parlait pas tant que ça de l’impact des SUV », se souvient-il. Antoine cherchait « une voiture familiale », grande mais pas trop, alors il a craqué sur un Duster, un « modèle plus abordable ». Ni écolo, ni ayatollah de la bagnole, il regrette d’autant l’acte « d’incivilité » subi par sa voiture qu’il n’utilise son SUV « que le week-end ». Le reste du temps, il marche.

Fan de Volkswagen, Etienne, de Lille, reconnaît avoir délaissé sa vieille Golf pour un modèle de SUV de la marque allemande. « Je n’avais pas les moyens d’acheter une nouvelle Golf alors j’ai pris un T Cross », nous dit-il. « On le classe dans les SUV, mais il est plus petit que la Golf finalement », assure-t-il en toute bonne foi. Vérifications faites, ce SUV est effectivement 20 cm moins long et 10 cm moins large qu’une Golf dernière génération. Ce qui en fait, selon l’ONG Transport et environnement, un véhicule de taille normale. « Ce n’est pas incompatible, parce que c’est l’habitabilité qui est privilégiée par les constructeurs dans la conception des SUV », insiste Hervé Marchal, enseignant en sociologie à l’université de Bourgogne.

Auteur d’Un sociologue au volant (ed. Téraèdre, 2014), ouvrage dans lequel il étudie le rapport de l’individu à sa voiture en milieu urbain, Hervé Marchal reconnaît que si le véhicule reste un « marqueur social », il est bien plus que ça. « Aujourd’hui, les aspects confort et intégration dans le quotidien sont des critères importants dans l’achat d’un SUV, parce que ce type de véhicule répond à de vraies attentes des consommateurs », explique-t-il. Accès facile, modularité, équipements, silence. « Dans mon SUV, je ne suis pas dans une voiture mais dans mon habitat, au cœur des mobilités quotidiennes », avance-t-il.

« Pour garer le Mercedes, faut deux places »

Hervé Marchal réfute l’image de gros beaufs peu soucieux de l’environnement qui colle à la peau des possesseurs de SUV. « Déjà, la moitié des conducteurs de SUV sont des femmes, et rouler dans ce type de voiture n’induit pas forcément une absence de conscience écologique, insiste-t-il. Cela renvoie d’ailleurs l’homme à ses ambivalences. » Traduction : « Oui je suis écolo, mais je ne veux pas non plus que l’on me dicte ma façon d’habiter le monde ».

Peut-être, mais en attendant, « pour garer le Mercedes, faut deux places », rappait SCH. Parce que le côté tueur de planète de ces grosses bagnoles n’est pas le seul argument avancé pas les anti-SUV. « Un SUV par rapport à une voiture standard, c’est 200 kg, 25 cm de long et 10 cm de large en plus ! Quels bénéfices cette tendance à l’excès nous procure-t-elle au quotidien ? », s’interroge l’ONG WWF dans un rapport sur « l’impact écrasant des SUV sur le climat », publié en octobre 2020.

Attention les piétons

On pourra dire ce qu’on veut, la taille compte : « Parmi les 100 modèles les plus vendus en 2023, 52 % excèdent les 180 cm de large », affirme l’ONG Transport et environnement. Le problème, c’est que le seuil de 180 cm « correspond à la largeur standard minimum du stationnement sur voie publique dans les grandes villes », poursuit l’ONG, et que cela « réduit l’espace routier disponible pour les autres véhicules et les cyclistes ». Moins d’espace pour les autres, et davantage de dangers. Une autre étude, réalisée en Belgique par l’institut Vias, affirme que « le risque de blessures mortelles pour un piéton ou un cycliste heurté par une voiture dont le capot est 10 cm plus haut que la moyenne augmente de 30 % ». En revanche, pour les occupants du SUV, c’est plutôt bénef, l’étude de Vias montrant que « les occupants de véhicules plus lourds risquent moins d’être grièvement ou mortellement blessés ».

NOTRE DOSSIER SUR LES SUV

Alors qui a tort, qui a raison ? Si Hervé Marchal ne jette la pierre à personne, une autre personne particulièrement concernée par la question a pris une position plutôt inattendue. En janvier 2021, Markus Duesmann, alors patron d’Audi, déclarait à nos confrères du journal allemand Süddeutsche Zeitung : « En Europe, le SUV suscite parfois des craintes en raison de sa taille. Les véhicules sont certes meilleurs dans les accidents impliquant des piétons, mais ils semblent incompatibles avec les villes étroites ». Une sortie qui n’a sûrement rien à voir avec l’éviction de l’intéressé, en juin dernier, par la marque aux 5 modèles et 30 versions de SUV.

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